Les crues du Lot

Les crues à Espalion sont aussi vieilles que le Lot lui-même. Mais un certain nombre d'erreurs ont été commises au cours des derniers siècles, rendant la gestion de crues particulièrement délicate. Petit rappel historique sur la géologie du lieu et le développement d'Espalion à travers les âges.

Géologie

La zone située entre St Côme et Estaing constitue un seul bassin coupé en deux par un étranglement au niveau d'Espalion où le Lot se trouve confronté à un passage obligé entre le roc de l'Arche et la base rocheuse de la ville qui commence au roc Magnus, support du Vieux-Palais. La rivière s'est de tous temps promenée dans toute la largeur de son bassin à l'exception de ce passage où les crues ont toujours largement débordé sur la rive droite.

Histoire

L'histoire de la ville commence avec la construction du pont par les seigneurs de Calmont au VIIIe ou IXe siècle, mais ce n'est qu'à partir du XIIe avec l'arrivée des Templiers que les populations vont s'installer autour de l'ouvrage. Ceci tient au fait que les habitants de Perse et Calmont ne tenaient pas particulièrement à construire des demeures dans une zone inondable alors que leurs ancêtres s'étaient prudemment installé sur une terrasse alluviale pour Perse et sur une pente élevée pour Calmont, hors d'atteinte des caprices du Lot. Pendant plusieurs siècles la ville va se développer dans un quadrilatère sur la rive gauche, les maisons de bord du Lot s'appuyant sur une assise rocheuse. Le rez-de-chaussée était constitué de caves et remises sacrifiées aux inondations. Côté faubourg, sur la rive droite, n'existe pendant longtemps qu'une rangée de calquières et le moulin banal. Les actuelles rues St Antoine et de la Grave formaient un chemin passant sous la rampe d'accès au pont, ce qui facilitait l'écoulement des eaux. Après l'installation des Ursulines au XVIIe qui provoqua l'expansion du faubourg et la création de bâtiments constituant une première gêne pour le crues, la grande métamorphose du XIXe construisit un obstacle majeur : une véritable digue permettant de faire passer le boulevard entre le pont-neuf et la barrière, un barrage seulement percé de deux petits passages dans les rue St Antoine et Grenade, et obligeant une forte crue à remonter jusqu'à la route de Laguiole pour contourner l'obstacle. Le XXe ne va pas être en reste, construisant, dans le but d'agrandir les rives pour l'agrément des promeneurs, des enrochements qui ont eu pour effet de réduire la largeur du Lot. La dernière crue a fait réapparaître devant le collège St Hilarian les parements des anciens murs, montrant que le chemin des bords du Lot n'est qu'un terrain pris sur le lit de la rivière. Même chose vers la Grave avec les récents enrochements. Tout plombier sait qu'à pression égale la réduction de la section d'un tuyau augmente la pression de passage de l'eau. Dans le cas du Lot, l'augmentation de la vitesse du courant provoque un accroissement de la puissance d'arrachement des berges. Enfin l'abandon de la récupération des sables et graviers dans le lit du Lot ne va pas arranger les choses. L'ensablement de la rivière, très visible entre la Grave et le Vieux-Palais, ne peut qu'aggraver les prochaines crues car si l'eau ne peut passer en profondeur, elle passe en largeur.

La prévention

Le lit du Lot

L'eau, quelque soit son volume, doit impérativement passer. En dehors de toutes questions et polémiques concernant les barrages, il est nécessaire de faciliter, autant que faire se peut, le passage de la rivière, quel que soit son débit. Renvoyer fautes et erreurs sur les autres est l'apanage des incapables qui ont toujours une excuse d'avance. Il faut donc supprimer tous les obstacles qui n'ont pas de réelle raison d'être et éviter d'en créer de nouveaux (une passerelle immergée par exemple). Dans l'absolu, supprimer les piles du pont-neuf pour le remplacer par un pont à une seule arche est l'idéal, mais le coût est totalement prohibitif. Il est plus facile de rendre au Lot les berges de la Grave en réduisant le virage face au Vieux-Palais. Ainsi que de pouvoir ouvrir la vanne du moulin, etc…. On peut imaginer d'autres mesures. Quant à l'ensablement du Lot, il faut savoir si le curage du lit de la rivière est plus ou moins coûteux que les dégâts des crues et les moyens à mettre en œuvre dans le cadre des secours.

Les systèmes d'alerte

A l'heure de l'informatique, le système d'alerte d'Espalion relève de la poste à cheval. La mairie ne possède pas de site internet alors que le domaine " espalion.fr " lui est réservé. De nombreuses personnes sont actuellement connectées à la toile et pourraient facilement prendre des informations sur le site pour les communiquer à leurs voisins. Je rappelle qu'un site s'actualise en temps réel et qu'il est possible par ce biais d'avoir d'heure en heure la progression de la crue. D'autre part, il existe un logiciel, utilisé dans la vallée du Rhône notamment, dans lequel on peut entrer les numéros de téléphone des personnes à prévenir. Un message entré par la mairie est envoyé en quelques minutes par le logiciel, alors qu'il faut plusieurs heures à une personne prévenant par téléphone. Enfin qui pourrait m'expliquer pourquoi le réseau de haut-parleurs dont dispose la ville pour faire des animations n'est pas utilisé en cas de crue ? Je pose simplement la question à la cantonade par crainte de tomber sur l'incontournable porteur de l'inévitable explication définitive destiné à dédouaner l'incompétence.

Les particuliers

La propension des particuliers à tout attendre des pouvoirs publics ne mène nulle part. Chacun doit avoir à l'esprit que la prévention est l'affaire de tous, chacun à son niveau. Subir une crue et attendre la prochaine pendant que ça sèche est totalement irresponsable. Il existe aujourd'hui des batardeaux, plaques de fer entourées d'un joint de silicone, qui permettent d'étanchéifier une maison. Le rôle des pouvoirs publics est d'éditer une plaquette pour savoir où se procurer et comment utiliser ces systèmes, ainsi que toutes mesures à prendre en cas de crue. Si le particulier ne veut pas utiliser le moindre centime pour se protéger, il vaut alors mieux pour lui apprendre à nager.

 

La chaussée

Si le règlement global du problème des crues dans la vallée du Lot passe par une série de mesures tel que les écrêteurs de crue et autres bassins de rétention, le problème dans la traversée d'Espalion n'est pas de retenir l'eau, mais bien de lui permettre de s'écouler le plus rapidement possible. Ce qui nécessite un lit correctement calibré et un minimum d'obstacles. Pour le calibrage, on sait depuis longtemps calculer le débit d'un cours d'eau en fonction de sa largeur et de sa profondeur. A contrario, si on connaît le débit, ce qui est le cas pour les crues, il est facile, à partir de la largeur, de calculer la profondeur utile.

Pour ce qui est des obstacles, hormis les piles des 2 ponts qui ne peuvent être supprimées, il en est un de majeur qui sans un sérieux reprofilage rendrait le calibrage du Lot sans effet sur les crues: il s'agit de la chaussée du moulin. Cette chaussée fait partie, avec la digue supportant le boulevard, des barrages transversaux que l'urbanisation de la zone s'est ingéniée à créer pour entraver le cours du fleuve. Construite à l'origine pour alimenter la roue à aube du moulin banal, elle n'a depuis longtemps plus aucune utilité dans ce domaine et sa fonction est essentiellement de créer un plan d'eau à la fois esthétique et intéressant d'un point de vue du développement touristique dont la principale caractéristique est son utilité saisonnière. . Si cette chaussée constitue un élément du paysage urbain que les espalionnais ne sauraient se résoudre à voir disparaître, il apparaît clairement que le fait de vider le plan d'eau si les pluies d'automne créent une menace de crue ne présente aucune contre-indication particulière. Encore faudrait-il pouvoir le faire de manière efficace ! Ce qui ne peut se réaliser aujourd'hui avec une vanne nord beaucoup trop étroite et peu profonde et une vanne sud détruite qui non seulement n'évacue pas l'eau, mais la ralentit. Le problème le plus urgent, et qui paradoxalement ne semble avoir à ce jour qu'assez peu retenu l'attention, est donc de s'attaquer à ce reprofilage en réalisant à chaque extrémité de la chaussée des vannes larges (8 à 10 mètres) et d'une profondeur en garantissant l'efficacité. Ces vannes seraient également utiles à la constance du niveau du plan d'eau car il apparaît difficile de développer une activité nautique si les kayakistes sont obligés de marcher dans les pierres par manque d'eau comme ce fut le cas en 2004. Il serait également souhaitable, pour ces mêmes embarcations de réaliser au centre de la chaussée un déversoir destiné à leur passage.

Ce reprofilage associé à un recalibrage du lit de la rivière peut garantir une certaine sécurité à la ville et constituer un complément efficace à des mesures globales sur le bassin du Lot pour mettre définitivement Espalion à l'abri des caprices du fleuve.  

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