le pont fortifié

étude à partir du dessin du Dr Daguzan
|
Dans la deuxième moitié du XIVe siècle, l'insécurité obligea la commune a se doter de défenses constituées d'une enceinte fortifiée percée de 2 portes : la première au sud: la porte St Georges, en haut de la rue droite, était dotée d'une barbacane, surmontée d'une tour du même nom, et suivie d'un fossé franchi par un pont. La secondeau nord: l'entrée du pont qui fut lui-même fortifié. Les fortifications du pont L'aspect du pont fortifié se présentait-il tel qu'il a été représenté dans des dessins de reconstitution proposés par le Dr Daguzan dans " Espalion à travers les âges " de Pierre Blanc ou par Marcel Carnus dans " le Pont-Vieux d'Espalion "? Les textes et la logique permettent d'en douter en ce qui concerne la tour Notre-Dame. L'ensemble se composait de 3 parties : 1° le Portal. Côté ville : une tour dont la base s'appuyait sur la place du Griffoul à l'entrée du pont. Cette position sur la place lui permettait d'avoir une porte qui n'empiétait pas sur la largeur du pont et ne gênait donc pas la circulation. Sa partie haute, sans doute un seul étage, comprenait un logement à disposition du seigneur de Calmont. Lors de sa démolition, les Pénitents Blancs furent autorisés à en utiliser les pierres pour la construction de leur chapelle, rue du Plô. 2° La tour de guet. Construite sur la première pile, elle devait être plus fine et plus haute que les autres. Elle comprenait sans doute 2 étages, le plus haut servant de logement à un prêtre chargé de la surveillance. Pour se faire une idée exacte de son aspect, il suffit de regarder celle pont roman d'Orthez à laquelle elle devait ressembler comme une jumelle.
3° La tour Notre-Dame. Où se trouvait-elle ? les reconstitutions la placent sur la dernière pile du pont, côté faubourg , alors que dans les textes la tour "dite tour Nostre-Dame, estait sise contre la barbacane sur le costé du pont tendant au pontz levis vers le Faulxbourg "(1). Tour de défense certainement plus massive que la tour de guet, sa position logique était en effet à l'autre extrémité du pont, sur la culée, de manière à former un ensemble défensif avec la barbacane. Cette position, comme pour le portal, permettait de ne pas gêner la circulation avec une ouverture de porte ayant la largeur de la chaussée du tablier. Le pont-levis cité plus haut permettait d'atteindre la barbacane côté nord en passant par au-dessus du chemin formé aujourd'hui par les rues St Antoine et de la Grave. Ce n'est pas celui qui a remplacé la dernière arche et n'a été construit qu'en 1588, après que l'éventualité de cette mesure ait été évoquée en 1569. La principale raison de l'estimation de la position de la tour sur la dernière pile du pont réside dans l'accrochage du pont-levis du XVIe siècle, ce qui ne peut avoir été pris en compte dans la création des fortifications du XIVe. On peut donc imaginer la défense côté nord dans la conformation suivante : le voyageur arrivant de Laguiole par l'actuelle rue Trémolières empruntait après la rue Grenade une levée de terre formant une longue rampe d'accès au pont. Cette rampe permettait de mettre cet accès hors d'eau en cas de crue et passait au-dessus du chemin formé par les actuelles rues de la Grave et St Antoine par un pont-levis qui se relevait contre la barbacane. Puis le voyageur traversait la barbacane, s'acquittait du péage installé dans la tour Notre-Dame dont il franchissait alors la porte pour s'engager sur le pont. Le péage fut installé dans cette tour jusqu'en 1635. Au XVIe siècle les dangers issus des guerres de religion obligèrent à renforcer ce système de défense en remplaçant la dernière arche, côté faubourg, par un second pont-levis. Comment était-il accroché et manœuvré ? On peut supposer la construction d'un portique avec son mécanisme de treuil et contrepoids. Ce pont-levis n'étant utilisé qu'en cas de danger, il n'a sans doute eu qu'un usage limité et a été réduit dés la fin des guerres de religion à un simple pont de bois. En 1700 alors que sa démolition est décidée, la tour Notre-Dame s'écroule d'elle-même, endommageant dans sa chute la pile voisine. celle-ci est aujourd'hui dépourvue d'arrière-bec, celui-ci n'ayant sans doute pas été inclu dans la restauration.
En conclusion La situation supposée de la tour sur la dernière pile du pont présente plusieurs inconvénients : En premier lieu cet ouvrage est trop important avec le péage, la porte, le pont-levis et son mécanisme, ce qui n'aurait pas permis de garder un passage suffisant pour les véhicules. Ensuite elle aurait masqué la visibilité de la tour de guet, la rendant totalement inutile. Enfin lorsque Bernardin de La Valette a fait installer des canons, vraisemblablement au pied de la tour de guet, pour prendre le tablier en enfilade, elle se serait trouvé dans le champ de tir, enlevant toute efficacité à cette mesure défensive. Difficile en effet d'ouvrir le feu sur des ennemis franchissant le pont-levis s'ils sont masqués et protégés par la tour. Pour toutes les raisons exposées, il est certain que la tour Notre-Dame était édifiée, non sur la dernière pile du pont, mais bien sur la culée, contre la barbacane, comme le disent les textes. (1) Archives communales - BB2 |