le Pont-Vieux
 

A l'origine, un lieu-dit :'Speleum'

La première mention de l'existence d'un pont sur le Lot en un lieu appelé ' Speleu ' se trouve dans la charte de donation du monastère de Perse à l'abbaye de Conques en 1060 dans laquelle Hugues de Calmont donne la moitié du tonlieu (taxe) sur le sel au pont d'Espalion (ponte Spelei). Cependant une charte précédente (n° 138) datée du règne de Robert II (997-1031) fait état de la donation à Conques par Bernard, fils de Laigarde, d'un alleu au lieu dit Speleuvo. Cet alleu se compose de 8 manses avec bois, prés, terres cultivées et incultes. Un manse étant une unité de terre en libre propriété suffisante pour nourrir une famille, 8 manses donnent à l'alleu une superficie de plusieurs dizaines d'hectares. Mais il n'est fait aucune mention de la présence d'un pont.

Le pont des Calmont

A la fin du VIIIe siècle Charlemagne installe des comtes en Rouergue, charge que Charles le chauve, son petit-fils, rend héréditaire par le capitulaire de Quierzy en 877. Dans le cadre de l'organisation de son comté, un comte fait appel à des lieutenants : viguiers (Provence-Languedoc), prévôts ou capitaines. La frontière nord protégée par la montagne n'était sans doute pas une priorité, à l'exception du contrôle de la voie romaine. L'envoi d'un prévôt à cet effet a dû être assez tardif au Xe siècle. Mais impossible pour lui de s'installer à St Côme, les terres au-delà du Lot appartenant au comte d'Auvergne. Il choisit donc un site idéal pour la surveillance de la vallée : le piton de Calmont. Sans que l'on puisse déterminer qui a donné son nom à l'autre. Pour raisons financières, le seigneur de Calmont décide de construire un pont sur le Lot dans la boucle de Speleum où le fond de la rivière présente une assise rocheuse qui va permettre dès l'origine d'encastrer des piles bâties. Ce pont présente l'avantage de pouvoir être utilisé lorsque le niveau du Lot rend le gué de St Côme inutilisable. Attirer vers lui une partie du trafic marchand va permettre de le doter d'un péage qui perdurera jusqu'à la Révolution. A l'origine l'ouvrage est un pont à 5 arches parfaitement symétrique. L'exhaussement de la ville sur les rochers de rive gauche va enfouir la première arche sud sous la place du Griffoul. Les vestiges de cette arche ont été mis à jour lors de travaux d'assainissement en 1862.

Les obradors

Bien avant le développement d'un bourg autour du pont, les seigneurs de Calmont ont, en plus du péage, trouvé un moyen de rentabiliser leur pont en permettant l'installation sur toute la longueur de son tablier de petites boutiques appelées " obradors " destinées à la vente de marchandises. Sans doute avec loyers annuels payés au seigneur. En 1333 une ordonnance consulaire dut en établir la réglementation face à l'encombrement provoqué. Le cadastre de 1403 en dénombre une vingtaine sur le pont et d'autres aux abords immédiats. En février 1699 devant l'accroissement du trafic, les consuls ordonnèrent leur destruction, ce qui coûta à la ville de fortes indemnités.

Le pont fortifié

Les troubles du XVIe siècle liés essentiellement aux guerres de religion vont amener la ville à revoir son système de fortifications et notamment à doter le pont de moyens de défense constitués de 3 tours : une tour de guet sur le pont et 2 tours sur les culées, les piles du pont ne pouvant en aucun cas accueillir une construction qualifiée de " tour massive ".Voyons le détail du système tel qu'il existait vers 1550. 1. le Portal. Cette tour est située à l'entrée du pont côté ville sur la place du Griffoul En 1635 elle est restaurée et le péage situé jusqu'alors dans la tour Notre-Dame y est transféré. 2. la tour de guet. En 1562 des travaux sont entrepris car la première arche menace de s'écrouler et d'entraîner la tour de la pile voisine. Un prêtre jouant le rôle de sentinelle y logeait 3. la tour Notre-Dame. Elle est située à l'entrée sud du pont, " sise contre la barbacane ", et jusqu'en 1635 elle abrite les bureaux du péage. En 1700, on décide la démolition des tours. Le 31 mars on décide la démolition de la tour Notre-Dame, mais le 30 avril, les travaux n'ayant pas encore été entrepris, elle s'écroule en endommageant gravement la pile voisine. Le 20 juin on commence " les razements de la tour du milieu du pont, ainsi que celle qui servait de portal du côté de la place du Griffoul ". Les pierres du portal sont achetées pou servir à l'édification de la chapelle des Pénitents, rue du Plô. 4. les ponts-levis. Les dangers amènent en 1569 à envisager d'abattre la première arche du pont côté faubourg. Le projet est mis à exécution en 1588 contraignant à utiliser une navette de bateaux pendant la durée des travaux. Après la disparition des tours, la pile endommagée fut réparée et le pont-levis conservé jusqu'en 1724 où l'arche fut reconstruite. Un second pont-levis beaucoup plus ancien permettait la fermeture de la barbacane pendant la nuit et le passage au-dessus de l'actuelle rue de la Grave.

Position des fortifications au milieu du XVIIe siècle (hors boutiques)

Le Pont-vieux

Les transformations du XIXe siècle amenèrent la construction d'un nouveau pont qui, commencé en 1841, fut ouvert à la circulation 5 ans plus tard. En 1866 la base de l'ouvrage fut inspectée à l'aide de l'appareil de plongée Rouquayrol-Denayrouze, inspection qui révéla de graves dommages. Le pont fit l'objet de travaux en 1907, 1913 et surtout 1947 où la base des piles fut cerclée de fer et ciment armé. Le pont fut classé Monument historique en 1888.