St Hilarianl'Ange de St Pierre
L'église de St Pierre de Bessuéjouls possède une chapelle aérienne à laquelle on accède par 2 escaliers très étroits. Sur le linteau de l'arrivée de l'escalier sud une dédicace porte la mention " KL IUNI DEDICACIO ISTIUS (MODI) LOCI ECCLE (SIAM) " (aux calendes de juin consécration de ce lieu comme église) sans mention d'année. L'autel n'est pas d'origine car mal orienté et semble avoir été manipulé sans précautions, la partie antérieure étant assez abîmée. Il porte sur ses faces latérales 2 personnages : à gauche l'archange St Michel terrassant le dragon qui permet de dater l'autel, les boucliers en amande tel que celui qu'il porte n'apparaissant qu'au milieu du XIe siècle, et à droite un personnage nommé communément " l'Ange au phylactère ". Sauf qu'il ne s'agit ni d'un ange, ni d'un phylactère. En effet dans l'art chrétien médiéval, un phylactère est une sorte de banderole que tient un personnage et sur laquelle sont inscrites les paroles qu'il prononce. Dans le personnage présenté ici, sa qualité d'ange n'est due qu'à la seule présence d'ailes. En effet les anges n'ont pas d'auréole pour la simple raison que celle-ci représente l'aura occipitale du corps humain, autrement dit seules les personnes incarnées peuvent en posséder une.
Il suffit donc d'effacer les ailes pour se trouver en face d'un résultat bien différent. Le personnage porte une chasuble, vêtement liturgique que revêt l'officiant lors de célébration eucharistique. Il s'agit à l'évidence d'un prêtre, ce qui dans sa légende est la fonction de St Hilarian. L'objet qu'il porte entre les mains n'est pas un phylactère mais la représentation réduite d'une scie utilisée par les scieurs de long, telle qu'on peut la voir sur un bas-relief gallo-romain du palais ducal de Nancy. En latin le scieur de long se nommait " Serrasinus ", un nom que l'on retrouve parmi les donateurs du monastère de Perse, Rainaldus et Petrus Serrasinus, nom abusivement traduit par Sarrasins. Ces éléments accréditent la thèse du martyrologue gallican du XVIIe siècle décrivant Hilarian comme un missionnaire venu évangéliser les populations du Rouergue, donc sans origine locale. Son martyre, s'il était avéré, serait donc dû à des autochtones, peut-être des bûcherons que sa présence gênait. Il s'agit donc sans doute de la seule représentation connue de St Hilarian, patron du monastère de Perse.