Eglise de Perse
le monument le plus mystérieux sur le Chemin de Compostelle

 

 

Une église édifiée sur les ruines d'un très ancien monastère inexplicablement oublié par l' Histoire
Histoire
L'église de Perse apparaît pour la première fois dans l'histoire du Rouergue à l'occasion de sa donation à Conques en 1060 par le seigneur Hugues de Calmont. Le texte nous apprend qu'il s'agit, non d'une simple église, mais d'un monastère appelé " Perse ". Les diverse dotations qui accompagnent la donation permettent de savoir qu'il était entouré d'un vieux bourg (" vetulo burgo de Persia " dans le texte ), ce qui semble donner une certaine ancienneté à l'ensemble. Ainsi pourrait-on situersur cette terrasse alluviale du Lot, hors de portée des colères du fleuve, le premier centre urbain ou semi urbain de la vallée.

Quelques dates

1312
Au début du XIVe siècle, Perse est un prieuré qui abrite cinq religieux envoyés par Conques, nombre réduit à deux en 1420. Mais on ignore le nombre exact de personnes vivant dans le lieu, les religieux cités pouvant ne désigner que les représentants de la maison-mère.
1437
Sécularisation de Perse qui suit celle de Conques en 1424.  En 1546 le bâtiment conventuel accolé à l'église est dans un état de délabrement qui le rend inutilisable. 
1568
Le passage des Calvinistes achève la ruine de ce bâtiment conventuel.
1731
Perse cesse d'être église paroissiale.
1864
L'église est classée monument historique
Perse ?
Ce nom ne possède pas d'explication connue ni dans les textes ni dans la mémoire collective. Il est cependant possible de formuler plusieurs hypothèses: soit le monastère a été bâti sur un lieu portant déjà ce nom, soit il possédait des caractéristiques orientales ou considérées comme telle en rapport avec ses fondateurs ou son style architectural.
Mais ce ne sont que pures spéculations et chacun peut s'essayer à sa propre explication en fonction de son imagination.
Sommaire
la Légende de St Hilarian
la légende dorée
D'après sa légende dorée issue de plusieurs textes dont un office liturgique de St Hilarian, le saint serait né au VIIIe siècle à Lévinhac de parents nobles. Enfant très pieux, il se tourna  rapidement vers le sacerdoce. On le présente parfois comme le confesseur de Charlemagne (par confusion avec Hilarion), parfois comme le prêtre desservant la paroisse de Perse dont la  légende ignore le caractère monacal. Objet de persécutions de la part des sarrasins, il se rendait  souvent pour dire la messe à Lévinhac par souci de sécurité et devait parfois échapper à ses ennemis en traversant la rivière. Lorsque le Lot était trop gros, il étendait son manteau  sur l'eau et  s'en servait comme d'une barque. Une croix marque l'emplacement de son lieu de traversée. Décapité par ses ennemis, il fut enterré à Lévinhac avant que ses restes  ne soient  transférés à Perse où les premiers pèlerins de Compostelle viendront se  recueillir sur ces reliques.

Hilarian rapporte sa tête à sa mère.
la réalité historique
Un martyrologue gallican du XVIIe siècle le décrit comme un missionnaire venu évangéliser
les populations du Rouergue, et donc sans origine locale, un de ces missionnaires venus d'Orient sur les traces de St Martin. Cette réalité semble la plus probable. Saint Hilarian (quelque soit son véritable nom) paraît bien appartenir au mouvement érémitique qui s'est développé en Gaule au IVe siècle et possède les caractéristiques de ces ermites dont l'Eglise s'est empressée de faire des saints locaux dans un souci de maillage politico-religieux destiné à asseoir l'autorité religieuse sur des populations récemment converties.

Sommaire

le Chemin de Compostelle
En l'an 813 un ermite nommé Pélasge, averti par des lueurs surnaturelle, découvre le tombeau de St Jacques le Majeur. Cette découverte va lancer sur les chemins de Compostelle la foule des jacquaires dès le Xème siècle, avant d'être codifiée par Jacques de Voragine au XIIIe siècle pour devenir la "Légende dorée".Le pèlerinage s'organise autour de 4 voies principales décrites par Aymeri Picaud dans son "Guide du Pèlerin" du XIIe siècle:la Via Turonensis ( partant de St Martin de Tours), la Via Lemovicensis (de Ste Marie-Madeleine à Vezelay), la Via Podensis(de Notre-Dame du Puy) et la Via Tolosana ou Egidiana (de St Gilles du Gard).

La cloche des Perdus

la Via Podensis
Dès le Xe siècle, les jacquaires qui partaient du Puy en Velay, devaient affronter les dangers des massifs de la Margeride et de l'Aubrac avant d'atteindre la vallée du Lot à St Côme d'Olt. Cette traversée fut sécurisée au XIIe siècle par la création de la domerie d'Aubrac dont les moines-soldats accompagnaient les pèlerins et dont la "cloche des perdus", par temps de brouillard, sonnait pendant des heures pour appeler les égarés.
Perse et le Pèlerinage
Au début du pèlerinage les jacquets, dans leur course aux reliques, venaient à Perse se recueillir sur celles de St Hilarian avant de regagner la voie romaine par Carnéjac pour aller sur la tombe contenant celles de St Amans de Rodez. Puis ils pousuivaient leur route vers Conques et Ste Foy, une situation qui va perdurer jusqu'au XIIe siècle et à l'apparition de la Dômerie d'Aubrac, puis de l'abbaye cistercienne de Bonneval ainsi que d'une chapellenie des Templiers à Espalion. Les pèlerins auront alors le choix, après St Chély d'Aubrac, soit de suivre l'ancienne voie passant par St Côme d'Olt et Perse, soit d'emprunter le nouvel itinéraire par La Bastide et Bonneval.
l'abbaye de Bonneval
l' Abbaye de Conques
Architecture
le Soubassement
Lorsqu'en 1060 l'abbaye de Conques reçoit le monastère de Perse en donation,  elle prend la décision de le reconstruire, ce qui laisse supposer un état de délabrement avancé. La reconstruction,au cours des XIe et XIIe siècles, va suivre une voie assez curieuse. La pratique habituelle qui consiste soit à raser l'existant pour réutiliser  le site, soit à installer les nouveaux bâtiments plus loin, va ici être abandonnée au profit d'une réalisation particulière.

La présence d'un soubassement de plus de 4 mètres de hauteur pose le problème de sa justification. La roche d'assise étant constituée de grès friable, la mise à niveau du terrain ne pouvait poser problème. La présence de rochers ne peut donc servir d'explication. Celle d'une crypte ou des restes du monastère primitif paraît beaucoup plus plausible.  

le bâtiment est entièrement construit en grès rouge  

 

le plan général

Plan classique en croix latine avant ajout des 2 chapelles gothiques au XVe siècle

les Chapelles

 1. St Eloi
 2. St Eutrope
 3. Ste Luce
 4. Ste Anne
 S. sacristie

 

plan

le Choeur
les Escaliers

 

Le portail principal donne accès à la nef par un escalier de 8 marches plutôt encombrant auquel il est assez difficile de trouver une justification, d'autant que la seconde porte située sur la même façade à une douzaine de mètres rest pratiquement de plain-pied.

 

Porte murée qui donnait accès à un escalier à vis, suivant les relevés du XIXe siècle. Cet escalier devait permettre d'atteindre le ou les étages supérieurs du transept. Mais qu'en était-il de l'accès au soubassement ?

 

Iconographie